Centre Max Weber - UMR 5283

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Avec l’autre : formes et limites de l’empathie

Colloque interdisciplinaire dans le cadre de la Biennale Internationale Design 2013 Saint-Etienne organisé par le Centre Max Weber et la Cité du design les 28 et 29 mars 2013

Équipes concernées :  

Programme

JEUDI 28 MARS

9h30 Accueil des participants

10h15 Introduction au colloque
Avec l’autre : formes et limites de l’empathie par Jérôme Beauchez

SESSION 1
10h30 – 12h00 Images du terrain : engagement de l’autre et distance à soi

Modérateur : Jérôme Beauchez (sociologue, Centre Max Weber)

1. Le « terrain » comme état d’observance
Christian Lallier, anthropologue et cinéaste
(Laboratoire d’Anthropologie Urbaine / ENS)
Nous examinerons l’état d’empathie dans l’enquête de terrain comme expérience d’altérité : autrement dit, en tant qu’il permet de construire et de maintenir une distance à soi afin d’éprouver l’engagement de l’autre dans la situation observée. C’est en cela que le « terrain » devient un état d’observance : parce qu’il se fonde à la fois sur l’observation des règles de vie de l’autre et sur une distance à soi-même. Il s’agira donc tout d’abord de se déprendre de cette croyance naïve visant à « se mettre à la place d’autrui ». Partant de là, nous montrerons qu’une telle expérience de l’altérité s’éprouve tout particulièrement par la pratique de l’anthropologie filmée ; notamment en raison de l’intrication des relations entre filmant-filmé que suppose cette démarche, appuyée dans ce cas sur les recherches filmiques de l’auteur.

2. Dialogue marginal des volontés de forme
Ralf Marsault, anthropologue, photographe et plasticien
(Phanie, Centre de l’Ethnologie et de l’Image - www.ralfmarsault.fr)
Nous chercherons ici à restituer la dynamique et l’esthétique d’un échange entre un anthropologue plasticien-photographe et la culture propre à son terrain de recherche : les Wagenburgen, campements alternatifs installés depuis une trentaine d’années sur des terrains vagues à Berlin. Initié, à la fin des années 1980, par un travail d’analyse formelle des productions de masques de l’identité chez différents personnages ou groupes marginaux dans la société occidentale contemporaine (cf. l’ouvrage photographique Fin de siècle), cette démarche s’est caractérisée par une expérience d’empathie singulière qui, entre osmoses et ruptures inévitables, se construit de part et d’autre dans cette performativité de l’échange que nous avons constituée en outil de connaissance des formes et des épreuves de la marginalité.

3. Débat avec la salle

12h00 - 13h30 Pause déjeuner

SESSION 2
13h30 – 15h00 L’intersubjectivité empathique : soi-même comme un autre

Modératrice : Pascale Pichon (sociologue, Centre Max Weber)

1. Le statut du parolier dans la proximité confuse des semblables
Nasser Tafferant, sociologue
(Université de Lausanne)
L’enquête sociologique dans les milieux populaires a produit des savoirs riches sur ce qui caractérise le cadre locutoire impliquant chercheurs et enquêtés. Il en va ainsi, du côté du chercheur, du souci de favoriser une relation d’équilibre encline à légitimer son approche compréhensive et à neutraliser tout effet d’imposition sociale et symbolique. Ces opérations de légitimation, les chercheurs eux-mêmes issus des milieux populaires se les appliquent-ils de façon similaire ? Quid de ces approches d’un « terrain connu » pour y avoir passé une partie de sa vie, pour y avoir conservé des liens forts ? Comment la conversion des regards et, solidairement, la transmission de la parole s’opèrent-elles entre des proches qui se cherchent dans le cadre de l’étude ? C’est sur cette proximité confuse des semblables, non sans effet dans le travail d’enquête, que portera cette intervention.

2. Vertus érotiques
Patrick Pharo, sociologue
(CERSES, CNRS/Université Paris Descartes)
Les vertus érotiques sont des vertus altruistes qui intègrent le plaisir d’autrui dans la recherche du bien de la première personne. L’exposé portera en particulier sur le travail sexuel rémunéré qui est souvent présenté comme un modèle de soumission indécente, mais qui apparaît au contraire comme un modèle de vertus érotiques, valable pour les femmes comme pour les hommes. L’altruisme et le soin requis par cette activité, pour des raisons strictement commerciales, supposent en particulier des capacités d’empathie, d’attention, voire de tendresse. Cela permet de mieux comprendre la fascination ambiguë suscitée aujourd’hui par la prostitution, dans un contexte social qui valorise la volupté et le soin érotique réciproque au sein de couples à durée déterminée.

3. Débat avec la salle

Pause de 30 minutes

SESSION 3
15h30 – 17h00 De moi à l’autre, et retour : humains, non-humains

Modératrice : Marie-Haude Caraës (politologue, directrice de la recherche à la Cité du design)

1. L’empathie interspécifique : de l’interdit scientifique à la proposition d’identité
Jérôme Michalon, sociologue
(Centre Max Weber, CNRS/Université de Saint-Etienne)
Il sera question dans cette intervention d’anthropomorphisme, entendu comme un phénomène d’attribution mentale de qualités humaines à des non humains. Plus précisément, nous nous intéresserons à l’histoire de son rejet par les sciences du comportement et la psychologie animale depuis le XIXe siècle ; ce afin de rendre compte du récent retour en grâce de la notion dans ce même champ scientifique qui s’était initialement constitué à partir de son exclusion. Tandis que nous expliquerons les raisons de cette réintroduction, et les problèmes qu’elle pose, nous aborderons l’anthropomorphisme comme une forme d’empathie entre humains et animaux, d’abord frappée d’indignité et d’irrationalité, puis réinvestie positivement en tant que proposition d’identité faite aux animaux et aux humains.

2. Je me mets à la place des bêtes
Jocelyne Porcher, sociologue
(SAD-APT, INRA/AgroParisTech)
L’empathie est une disposition affective commune à de très nombreux éleveurs. Travailler avec les animaux engage en effet à des relations intersubjectives au sein desquelles l’affectivité joue un rôle majeur. De façon plus inattendue, l’empathie envers les animaux est également très présente chez les travailleurs d’abattoirs (transporteurs et manipulateurs), notamment chez ceux qui travaillent avec des bovins. Se mettre à la place des bêtes est posé comme un prérequis du « bon boulot ». Mais quel sens peut avoir cette assertion quand le but du travail est de conduire les animaux à la mort ? Quelles conséquences morales cette empathie a-t-elle pour des éleveurs confrontés, faute d’alternatives, à l’obligation de conduire leurs animaux dans les abattoirs industriels ?

3. Débat avec la salle

Pause de 30 minutes

17h30 à 19h00 PARCOURS DECOUVERTE
DES EXPOSITIONS DE LA BIENNALE INTERNATIONALE DESIGN

VENDREDI 29 MARS

9h30 Accueil des participants

SESSION 4
10h15-12h15 Du sujet à l’objet : comment l’un participe de l’autre
Modérateur : Michel Rautenberg (anthropologue, Centre Max Weber)

1. L’empathie et la connaissance d’autrui
Gérard Jorland, philosophe
(Centre de Recherches Historiques, CNRS/EHESS)
L’empathie est généralement considérée comme le mode d’accès immédiat à autrui, que ce soit à ses émotions pour les uns ou à son for intérieur pour les autres. À ses émotions par la perception et le partage de ce qu’il ressent, à son for intérieur par la simulation de ce qu’il peut vivre lorsqu’on se met à sa place. Je voudrais montrer que l’empathie n’est nullement requise dans le premier cas et que le hiatus qui nous sépare d’autrui n’est comblé que par analogie dans le second. Par conséquent, là l’empathie est redondante, ici elle ne conclut que par pétition de principe. Et pourtant, l’empathie est bien la faculté de l’intersubjectivité, qui permet d’échapper au solipsisme et d’accéder à l’objectivité autrement que par la garantie divine.

2. Ce que l’objet fait à l’empathie : des émotions en partage
Véronique Dassié, ethnologue
(LAHIC, CNRS/EHESS)
Nous aborderons ici la question des « objets d’affection » et des phénomènes d’empathie qu’ils peuvent produire dans le cours d’une enquête constituée par diverses rencontres entre enquêteur et enquêtés autour d’objets que ces derniers ont investi d’une valeur affective particulière. Pour ce faire, nous présenterons deux types d’objets : les uns domestiques, les autres patrimoniaux. Ainsi évoquerons-nous dans un premier temps l’entrée en relation avec autrui, telle qu’elle se met en place au travers d’une médiation par l’ « objet d’affection ». Nous aborderons ensuite les différentes façons dont cette médiation par l’objet construit la relation d’enquête au travers d’une véritable appréhension sensible du monde de l’autre. Tandis qu’elle passe par l’objet, nous verrons enfin que cette appréhension partagée se heurte également aux limites de la mobilisation affective de soi par l’autre.

3. Débat conclusif avec la salle : retour sur la session de la matinée, ainsi que sur l’ensemble des interventions

12H30 Cocktail de clôture


Responsable scientifique du colloque

Jérôme Beauchez, sociologue, maître de conférences, Centre Max Weber-UMR 5283, Université Jean Monnet, LabEx Intelligences des Mondes Urbains

Comité d’organisation du colloque

Marie-Haude Caraës, politologue, directrice de la recherche et des éditions de la Cité du design, Saint-Étienne.

Émilie Chabert, coordinatrice de la recherche au pôle de la recherche et des éditions de la Cité du design, Saint-Étienne.

Élise Faure, chargée de la logistique Biennale Internationale Design Saint-Étienne 2013, Cité du design, Saint-Étienne

Élodie Jouve, ethnologue, chercheure associée Centre Max Weber-UMR 5283, Saint-Étienne.

Marine Maurin, sociologue, doctorante, Centre Max Weber-UMR 5283, Université Jean Monnet, Saint-Étienne.

Lionel de Oliveira, historien, chargé de recherche, Cité du design, Saint-Étienne.

Pascale Pichon, sociologue, professeure, Centre Max Weber-UMR 5283, Université Jean Monnet.

Michel Rautenberg, sociologue, professeur, directeur adjoint du Centre Max Weber-UMR 5283, Université Jean Monnet.

Contacts

Coordination scientifique : Jérôme Beauchez,
jerome.beauchez@univ-st-etienne.fr

Organisation et inscription : Lionel De Oliveira,
lionel.deoliveira@citedudesign.fr

Publié le 18 février 2013

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