Centre Max Weber - UMR 5283

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Colloque « Le couple et la famille au prisme de l’épreuve »

Équipes concernées :  

La confrontation à une épreuve, qui bouleverse le quotidien d’un ou plusieurs individus et leurs rapports à autrui, touche (aussi) la vie familiale et conjugale. Les liens familiaux sont alors questionnés : l’épreuve change le cours des relations, elle désorganise et réorganise les liens plus ou moins profondément. Elle peut redéfinir les places et rôles de chacun, peut modifier les rapports de pouvoir, le partage et les échanges au sein du couple et de la famille et les transformer durablement. Elle les met en danger mais peut aussi les renforcer. L’épreuve remet en question l’« allant de soi » de la vie quotidienne (Berger et Luckmann), interroge les positions des acteurs, questionne la façon de se définir et de percevoir le monde, bouleverse les relations sociales dans lesquelles sont inscrites les individus. Est aussi épreuve ce qui s’oppose à la réalisation d’un projet de vie, ce qui conduit à un statut hors norme, confronte au mépris ou entrave sa reconnaissance. Centré sur le vécu et la gestion de l’épreuve au sein du couple ou de la famille, cet appel à communication invite à s’intéresser à la manière dont l’épreuve et les changements qu’elle implique viennent questionner, façonner et renégocier les liens qui unissent l’individu à ses proches. Il invite par ailleurs à interroger la façon dont ces liens se trouvent peu ou prou mobilisés et façonnés dans la gestion de l’événement. Car si la confrontation à l’épreuve concerne la plupart des proches, leur investissement et leur aptitude à la gérer peut varier. Ils peuvent être mis à distance pour être protégés, requis épisodiquement pour leur permettre de « souffler » ou encore esquivés s’ils sont estimés non adéquats pour y faire face. Il convient aussi de se demander quels sont les proches qui sont les plus mobilisés et d’exposer à cet égard les critères déterminants (sexe, genre, âge, rôle et place dans la famille et dans la fratrie). Enfin, l’analyse de la temporalité, qui caractérise l’épreuve et gouverne les engagements personnels et familiaux pour y faire face, pourrait être heuristique. Interroger la pluralité des expériences des familles et des couples à l’épreuve, des modes d’implication et d’investissement des proches, ainsi que la façon dont les épreuves se construisent en tant que telles, constitueront le fil directeur de ce colloque. Dans cette perspective, les chercheur-e-s sont invité-e-s à proposer une communication s’inscrivant dans l’un des axes suivants.

I. L’épreuve et ses constructions conceptuelles

Ce premier axe s’intéresse à la définition et à la construction de l’épreuve. Il porte ainsi sur la conceptualisation de cette notion en sociologie. Parler d’épreuve(s) pour la famille et le couple amène à s’interroger sur cette notion au contenu incertain. La mobilisation et la conceptualisation de cette notion suscitent de nombreux questionnements : qu’est-ce qui fait épreuve pour une famille ou un couple ? Quand commence et se termine une épreuve ? Quelles en sont les représentations indigènes ? Par quels critères est-elle amenée à être catégorisée comme telle par les chercheur-e-s ? Comment chaque acteur de la famille perçoit-il la situation vécue en fonction des places qu’il occupe dans son réseau de parenté (parent/ enfant/ conjoint…) ? Une épreuve s’associe-t-elle inéluctablement à la difficulté ? Engendre-t-elle nécessairement de la contrainte ? Du changement ? Ces questions autour de la définition, de la construction et des frontières des épreuves seront au cœur des réflexions de cet axe.

II. Les liens familiaux et conjugaux à l’épreuve

La mise à l’épreuve des liens intrafamiliaux constitue un temps privilégié pour l’étude de leur nature, ainsi que de leur état et de leurs modes de fonctionnement et de reproduction. Au regard de la diversité des épreuves auxquelles peut être confronté le couple ou la famille, cet axe est décomposé en quatre thématiques pour aborder l’articulation épreuve/liens familiaux dans sa pluralité :

1. À l’épreuve de la précarité économique et sociale 2. Quand la justice s’impose comme une épreuve 3. Quand la santé devient une épreuve 4. Quand le couple devient une épreuve

Il s’agira ici d’analyser des cas particuliers correspondant à l’une ou l’autre de ces thématiques. Par exemple, la recherche d’un emploi ou d’un logement qui soit « décent » peut faire figure d’épreuve de la précarité. La justice qui met la famille à l’épreuve invite à aborder le divorce, les différentes modalités d’unions conjugales et leurs conséquences, la reconnaissance des enfants, l’héritage, l’adoption, etc. Les lois, dans leur injonction, peuvent être vécues comme autant d’obstacles à la famille, les décisions judiciaires la protègent autant qu’elles permettent sa surveillance et sa normalisation. Il pourra aussi être évoqué les situations de placements familiaux, de suivis socio-éducatifs... Nous trouverons la maladie, le handicap, la mort, ou la procréation médicalement assistée, etc. lorsque la santé devient une épreuve. Enfin, nous exposerons en quoi le couple, par sa configuration (choix du conjoint, hétérogamie, homoconjugalité, couple mixte) et ses échanges internes (tensions et violences conjugales, séparation, gestion d’une stérilité, d’un adultère, etc…), éprouve les liens au sein du cercle familial proche et des belles-familles. La lecture transversale des communications présentées dans cet axe permettra la comparaison des différentes situations.

III. Partages et supports dans l’épreuve

Si l’épreuve peut être étudiée par le biais des modalités de réorganisation des liens familiaux et conjugaux, elle peut être aussi interrogée sous l’angle de son partage ou non avec autrui : à qui parle-t-on de l’épreuve à laquelle on fait face ? Comment les individus parviennent-ils à dissimuler leur situation auprès d’autres personnes proches ? Puis, il convient de se demander ce qu’apportent les proches dans la gestion de l’épreuve en famille en abordant le soutien dans sa dimension multidimensionnelle à la fois pratique, morale, symbolique, etc. En fonction des milieux sociaux, observe-t-on des logiques de partage différentes ? L’épreuve mobilise-t-elle, dans sa gestion, des savoir-faire particuliers ? En dehors de ses proches, quels sont les ressorts qui sont mobilisés par un individu pour permettre à son couple ou à sa famille de faire face à l’épreuve (association, groupe de soutien, suivi psychologique, thérapie familiale etc.) ?

Publié le 17 décembre 2012

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