Centre Max Weber - UMR 5283

Dispositions, pouvoirs, cultures, socialisations

Les socialisations politiques

L’étude des socialisations politiques est l’une des lignes inédites de recherche impulsées dans le laboratoire. Elle se décline notamment dans deux opérations de recherche conduites par Lilian Mathieu et dans la thèse de doctorat d’Aurélien Raynaud [1] :

  • L’étude du militantisme à RESF. Il s’agit d’une recherche qui a pris place au sein du programme de recherche « Frontière », piloté par Didier Fassin (EHESS) et qui a bénéficié d’un financement ANR. La contribution de Lilian Mathieu à ce programme de recherche, qui sera exploitée en termes de publications au cours des prochaines années, consiste en une étude qualitative des logiques et des formes de l’engagement au sein du Réseau éducation sans frontières, qui depuis sa création nationale en 2004 se mobilise en faveur des enfants de sans-papiers. La recherche porte plus précisément sur un collectif départemental RESF, dont les activités sont étudiées au moyen d’une méthodologie ethnographique (observation régulière des réunions internes et des actions publiques) et les militants interrogés dans le cadre d’entretiens biographiques longs. Ces entretiens révèlent de fortes homologies de trajectoires et de propriétés sociales, marquées notamment par une socialisation religieuse, un ancrage politique à gauche, une origine sociale modeste et un fort attachement à l’institution scolaire.
  • Une sociologie des apprentissages militants. Il s’agit d’une perspective de recherche qui s’inscrit dans le prolongement direct de chantiers de recherche antérieurs, comme celui consacré au militantisme à RESF (cf. supra) ou celui réalisé avec Annie Collovald pour la DARES consacré aux mobilisations de salariés précaires. Il s’inscrit également dans la problématique globale, formalisée dans un mémoire d’habilitation à diriger les recherches soutenu en novembre 2008 à l’ENS-LSH, de l’espace des mouvements sociaux. Celui-ci est appréhendé comme un domaine de pratique et de sens relativement autonome au sein du monde social, dont la pleine appartenance exige la maîtrise de savoirs et savoir-faire spécialisés, entendus comme autant de compétences à l’action collective. La question reste posée, à ce stade de la réflexion, des modalités concrètes d’acquisition de ces compétences spécifiques. Rédiger un tract, organiser une manifestation, planifier une action, prendre la parole en assemblée générale, décoder les intentions d’un partenaire ou d’un adversaire… font partie de ces compétences propres à la pratique protestataire et dont la maîtrise requiert un apprentissage préalable, solidaire d’une socialisation militante, que la sociologie du militantisme s’est pour l’instant surtout contentée de constater sans en aborder les modalités concrètes d’accomplissement. Une telle piste de recherche impliquerait, tout en se fondant sur les acquis de l’étude des carrières militantes, un dialogue poussé avec les théories de la socialisation ainsi qu’avec la sociologie de l’éducation dès lors que celle-ci se donne pour objet les modalités d’apprentissage de différents ordres de savoir. Une série de décalages avec ce domaine de recherche sont toutefois dès à présent prévisibles, qui tiennent au fait que les compétences militantes ne constituent pas – ou très peu – un ensemble systématisé de connaissances transmissibles de manière formelle. Il s’agit bien davantage de savoirs pratiques, acquis de manière elle aussi pratique, dans et par l’engagement dans des luttes collectives et par l’accomplissement des diverses activités que leur conduite appelle. Il est envisagé de poursuivre cette réflexion en complétant les données précédemment acquises sur le militantisme syndical et associatif par d’autres issues d’un terrain cette fois partisan.
  •  Les écrivains aux frontières du champ politique : une sociologie dispositionnaliste de l’engagement politique des intellectuels. À cheval entre les travaux consacrés aux socialisations littéraires des écrivains et les travaux sur la socialisation politique, Aurélien Raynaud débute quant à lui une thèse sur « l’engagement politique » des écrivains. Son travail va consister, à travers l’étude de trajectoires sociales d’écrivains, à repérer les processus de formation de dispositions sociales susceptibles de pouvoir expliciter l’engagement des écrivains. Plus précisément, c’est d’abord la construction de dispositions politiques, c’est-à-dire la capacité et la compétence à émettre des opinions et des jugements politiques qui vont mobiliser son attention. Si l’on admet que la formation de dispositions politiques n’est pas circonscrite à l’expérience du champ politique tel que le définit Pierre Bourdieu, mais qu’elle peut trouver son fondement dans une variété de mondes sociaux, il faut alors envisager les écrivains dans toute la variété des situations sociales dans lesquelles ils sont simultanément ou successivement placés. Ainsi ne faut-il pas se borner à considérer uniquement la socialisation « proprement politique », prenant place exclusivement dans le champ politique, mais une variété de registres de socialisation familiale, scolaire, amicale, militante, littéraire, etc.

Notes

[1Note : ce texte est tiré du rapport d’évaluation remis à l’AERES début 2010.

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