Centre Max Weber - UMR 5283

Modes, espaces et processus de socialisation

Modes de socialisation, logiques institutionnelles, parcours biographiques

Responsables scientifiques : Sylvia Faure et Daniel Thin

Cet axe est construit autour d’une problématique qui joint l’analyse de la diversité des modes de socialisation, de leur articulation plus ou moins harmonieuse, contradictoire ou conflictuelle, l’analyse des logiques institutionnelles de socialisation et leurs confrontations à des formes non-institutionnalisées de socialisation et l’analyse des logiques et des conditions de socialisation inscrites dans les parcours individuels et collectifs. Les recherches poursuivent l’analyse des articulations des différents modes de socialisation et des confrontations avec le mode scolaire de socialisation qui prédomine à la fois par la place de l’école dans la socialisation et les parcours des individus et par le poids des logiques scolaires dans nombre de pratiques sociales. Elles continuent l’analyse des transformations du mode scolaire de socialisation et de leurs effets dans les processus de socialisation institutionnels ou non institutionnels. Elles s’intéressent aux modes d’apprentissages, scolaires et non scolaires (apprentissage par expérience, autodidactie, frayage, etc.), et aux modalités d’appropriation et d’incorporation des savoirs et des savoir-faire.

L’étude des pratiques sociales et socialisatrices ne peut faire l’impasse sur les logiques des institutions qui encadrent, visent à structurer et à orienter les pratiques des individus et des groupes. Elle saisit les processus historiques ayant engendré ces logiques institutionnelles et le croisement de l’action de différentes institutions, constituées selon des logiques divergentes, croisement qui construit une logique institutionnelle nouvelle comme dans la prise en charge des populations « vulnérables » pensée en termes de conjonction et de coordination de différentes interventions institutionnelles. L’analyse des pratiques des agents des institutions suppose l’étude des économies psychiques et corporelles qui fondent ces pratiques, l’étude des discours officiels, de leur élaboration, parfois au travers de tensions intra ou inter institutions, et enfin l’étude des catégories de perception qui, s’instituant ainsi, participent à la construction de la réalité sociale et ont des effets de socialisation.

Enfin, sont également analysés les processus de socialisation et leurs effets, les transformations de soi dans des parcours biographiques, dans leurs dimensions individuelles et collectives. Ces transformations découlent des itinéraires sociaux en lien avec les identifications passées, avec les ressources matérielles, symboliques et relationnelles des individus ou des groupes. Elles sont traitées en questionnant les processus d’appropriation des nouvelles réalités objectives, comme des actions et logiques institutionnelles rencontrées au long des parcours. Une attention particulière est portée aux parcours soumis à des difficultés sociales, à des formes de « vulnérabilité » en étudiant les supports dont disposent les individus (ressources, compétences, aides…), la manière dont ils peuvent (ou ne peuvent pas) les mobiliser et les conditions d’agissement de ces supports sur l’orientation de leur avenir.

Dans le cadre de cette problématique, deux grandes lignes de recherche se dégagent pour les années à venir. La première prend pour objet les parcours sociaux associés à des formes de « vulnérabilité sociale ». Elle a pour colonne vertébrale le programme de recherche financé par l’ANR évoqué ci-dessus. Ce programme, piloté par S. Faure et D. Thin, se donne deux objectifs : 1°) analyser les effets et processus de socialisation, les altérations et les transformations de soi à l’œuvre dans les processus de vulnérabilité sociale ; 2°) dégager les logiques de renforcement et de sortie de la vulnérabilité en étudiant les reconfigurations des supports dont disposent les individus et les conditions sociales de ces reconfigurations. S’intéressant aux processus de 21 Il associe d’autres membres titulaires du GRS : J.-Y. Authier, L. Faure, I. Mallon, M. Millet, F. Renard ; des doctorants et post-doctorants : P. Gilbert, G. Henri, J. Bertrand, F. Rasera, A.-L. Negro, R. Deslyper ; et des chercheurs d’autres laboratoires : E. Le Dantec (centre Pierre Naville), H. Eckert (Cereq), V. Mora (Cereq). vulnérabilité en milieux populaires, il vise à analyser les manières dont se construisent et se transforment des ressources et des supports au cours de ces processus ainsi que les conditions dans lesquelles ces supports interagissent et se recomposent dans des parcours biographiques (individuels ou collectifs) marqués par la vulnérabilité. Il cherche à comprendre les conditions favorisant le maintien ou la sortie de la vulnérabilité, notamment les effets conjugués des dispositifs institutionnels d’aide aux individus et aux familles vulnérables, des associations locales, et des ressources dont disposent les populations : relationnelles, familiales, matérielles, scolaires, culturelles, et individuelles. Il s’intéresse aux reconfigurations qui s’opèrent dans les parcours, qu’elles interviennent lors d’un changement biographique ou se produisent au long de parcours comme des parcours de rupture scolaire, des parcours d’insertion professionnelle erratiques, des parcours familiaux ou relationnels « difficiles », des parcours résidentiels instables.

Le programme se décline en trois opérations de recherche. La première (responsable : D. Thin) s’intitule Parcours socio-scolaires et d’emploi des jeunes des milieux et quartiers populaires. Elle conjugue : - Une analyse de parcours institutionnels et socioprofessionnels après des processus de ruptures scolaires qui veille à objectiver les étapes et les moments des parcours, par le repérage des affectations, des orientations et des places (scolaires, institutionnelles, professionnelles) successivement occupées par les collégiens après leur sortie d’une classe relais, et à comprendre dans quelles conditions ces parcours sont ou ne sont pas des parcours de vulnérabilité sociale (D. Thin, M. Millet, F. Renard, G. Henri-Panabière).

- L’étude des modalités d’appropriation des dispositifs d’insertion proposés par les missions locales avec pour objectif d’analyser la façon dont les jeunes se trouvent ou non en mesure de mobiliser les formes institutionnelles de soutien qui leur sont proposées, soit pour accéder à l’emploi, soit pour s’engager dans la voie d’une formation scolaire qualifiante, et d’analyser l’articulation avec d’autres supports potentiels dont disposent diversement les individus à un moment de leur parcours biographique (L. Faure-Rouesnel, E. Le Dantec).

- L’analyse des situations spécifiques que constituent les sportifs de haut niveau d’origines populaires en étudiant les appropriations par ces sportifs des institutions de formation au football professionnel, leur évolution sur le marché du travail footballistique, les situations de « crise » dans la socialisation professionnelle, et la consonance ou la dissonance entre les pratiques de ces footballeurs et le “modèle de footballeur » que l’institution footballistique valorise (J. Bertrand, F. Rasera). La seconde opération (responsable S. Faure) s’intitule Parcours de familles dans les quartiers de zones sensibles urbaines soumis aux rénovations urbaines et relève de l’axe « Espace et socialisation : ville, habitat, mobilités ».

La troisième opération (responsable D. Thin), intitulée Associations et parcours de femmes de milieux populaires traite des effets de la participation des femmes aux associations sur leur situation et leur parcours. On analysera la socialisation qui s’opère dans les associations en se demandant quelles compétences et dispositions nouvelles sont produites et comment elles deviennent (ou non) des supports pour faire face aux difficultés liées à l’emploi, à la faiblesse des revenus ou à la confrontation avec les institutions. On étudiera aussi en quoi la participation aux associations constitue un support collectif pourvoyeur de ressources sous forme d’entraide, d’informations et encore de soutien au plan subjectif. On se donne enfin pour objectif de saisir l’articulation et ses effets de l’action des associations et des institutions ou des dispositifs liés aux politiques publiques dans les quartiers populaires. Dans quelle mesure, l’action institutionnelle et la participation aux associations se renforcent ou se contrarient pour produire des « contre-handicaps » dans les parcours étudiés ? D’autres recherches ont également pour objectif de comprendre des situations et des parcours de « population vulnérables » dans des contextes variés : le devenir des usagers de l’aide sociale a l’enfance (M. Giraud), la construction sociale du handicap psychique dans le cas des trajectoires de maladie d’Alzheimer et syndromes apparentés (I. Mallon) ; la précarité dans des métiers intellectuels : chargés de cours et de recherche, journalistes vacataires. (A.-L. Negro, thèse de doctorat en cours). La deuxième ligne de recherche qui sera développée dans le cadre de cet axe se donne pour objet les processus et situation de socialisation et d’apprentissage dans des cadres institutionnels. Elle s’inscrit dans le prolongement de nombreux travaux du GRS et de cet axe concernant d’une part la socialisation scolaire et ses différentes formes et d’autre part les modalités de la socialisation dans les univers culturels et sportifs. Il s’agit d’analyser les modalités de socialisation élaborées par les institutions et les appropriations diversifiées de celles-ci par les acteurs. Il s’agit encore d’analyser les articulations entre les modalités de socialisation et les parcours des individus. Une recherche, sous la responsabilité de S. Tralongo et intitulée Institutionnalisation et « disciplinarisation » du projet personnel et professionnel dans l’enseignement supérieur français, vise à retracer l’historique du projet personnel et professionnel dans l’enseignement supérieur, à observer les manières dont s’institutionnalisent et se « disciplinarisent » des savoirs et savoir-faire relatifs à la professionnalisation et parfois à l’insertion professionnelle des étudiants, dans un contexte de transformation des missions confiées à l’université (accords de Bologne, processus de Lisbonne, LRU…). Trois recherches sont portées par des thèses de doctorat en cours :

- La transformation du musicien : Une étude des effets de l’institutionnalisation de l’enseignement des musiques amplifiées. R. Deslyper s’intéresse, à travers l’étude de guitaristes suivant une formation musicale au sein du cursus « musiques actuelles » d’une institution d’enseignement musical, à la confrontation, chez un même individu, de deux modes de socialisation, différents et relativement opposés : d’une part, l’apprentissage entre pairs qui reste la formation privilégiée des débuts de pratique et l’apprentissage en école de musique qui peut alors constituer une véritable socialisation de transformation. - La danse à l’école des pauvres. Une socialisation par l’apprentissage d’un art corporel. L’exemple d’une école de danse et ONG dans les favelas de Fortaleza, Brésil. L’enjeu de la thèse d’A.-S. Gosselin est de comprendre, dans une démarche socio-anthropologique, comment l’apprendre par corps peut participer d’un projet de socialisation de populations dites marginales et en quoi ce regard porté sur les modalités de socialisation corporelle interroge les pratiques politiques et institutionnelles de socialisation dirigées vers les populations pauvres.

- Le métier de footballeur professionnel. F. Raséra prend pour objet l’articulation entre le passé incorporé des acteurs et les trajectoires sociales des footballeurs professionnels, les conditions du travail des footballeurs et les modes d’appropriation de celui-ci par ces derniers, l’évolution des footballeurs sur le marché du travail.

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