Thomas Lavergne

Thomas Lavergne a effectué sa thèse au sein du CMW intitulé :
Des machines et des hommes : Enquête sur la prostitution masculine entre hommes via Internet.

Mots-clés : travail du sexe / genre / sexualités / identités numériques / escort boys

Si « la prostitution » est actuellement constituée en France comme un problème public, ce phénomène n’est bien souvent présenté que sous l’angle d’un rapport économico-sexuel entre hommes et femmes. Cette thèse propose d’explorer les pratiques et les parcours des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes en contrepartie d’une rétribution financière, et utilisant pour se faire Internet comme interface de rencontre. A la croisée de la sociologie du travail, de la déviance, du numérique et des études de genre, ce travail propose, dans une perspective interactionniste, d’explorer les différentes étapes et configurations de l’activité. Il examine l’entrée en carrière et sa gestion dans le temps, les stratégies dans la création d’une figuration électronique comme mise en scène de soi propre aux sites Internet, et analyse les interactions interfacées et normes de conduites dans la rencontre en face à face. Il s’appuie d’une part sur l’analyse qualitative et quantitative des espaces numériques et des profils en ligne, et se fonde d’autre part sur le discours de quarante escort-boys afin de restituer leurs vécus, leurs usages des plateformes et leurs pratiques. La thèse montre la pluralité des parcours, des motivations comme du sens donné à l’engagement dans l’exercice prostitutionnel. Elle fait émerger l’activité comme un métier de service imposant des savoir-être et savoir-faire spécifiques, induisant un travail émotionnel, que le passage de la rue à l’écran semble avoir renforcé du fait de la privatisation des lieux de rencontres, de l’allongement temporel de la prestation, comme des logiques engendrées par l’usage des sites dédiés. Enfin, cette recherche montre que si la prostitution masculine est largement absente des discours politiques, médiatiques comme scientifiques, elle reste une activité porteuse d’un stigmate à deux facettes (putain immoral ou victime) qu’il convient de mettre à distance, et qui impacte tant le rapport à l’entourage que les projections possibles en carrière.

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