Controverses autour de l’éducation sexuelle intégrale (ESI) en Argentine

de in Inter Pares : revue électronique de jeunes chercheurs en sciences humaines et sociales, 2025.

Résumé :

La période qui a précédé l’élection, en 2022, de Javier Milei à la présidence de l’Argentine a été marquée par une série de progrès en termes de genre et de diversité, qui comprend depuis l’adoption de diverses lois, telles que le mariage pour tous en 2010, l’identité de genre en 2013, la parité en 2018 ou l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en 2020, jusqu’à la création d’organismes tels que le registre des féminicides en 2015 et le ministère des femmes en 2020. Ce contexte en net contraste avec le programme conservateur aujourd’hui mis en oeuvre par son gouvernement. L’adoption de la loi IVG a en effet été accompagnée d’une expansion des droits sociaux et civils déjà amorcée en 2003 par une succession de gouvernements de centre-gauche. La loi sur l’Éducation Sexuelle Intégrale a été votée en 2006 mais c’est à partir de 2015 qu’elle est devenue une question fondamentale dans le débat public. Avec l’essor d’un féminisme de masse porteur d’une problématisation des différentes formes de violence machiste puis d’une dénonciation de la clandestinité de l’avortement, l’ESI s’est imposée comme un thème de débat public particulièrement vif et clivant. Nous proposons, dans une approche pragmatique et plus spécialement de sociologie des controverses, d’analyser les polémiques publiques autour de l’éducation sexuelle à l’école et les différentes significations qu’elle a prises ou mobilisations dont elle a fait l’objet. Nous nous concentrerons sur les manières dont le discours en faveur de la légalisation de l’avortement fait entrer en scène l’ESI et construit de nouvelles définitions et positions politiques. Dans ce but, à partir de l’analyse des discours parlementaires et des mobilisations des groupes ou personnalités qui ont manifesté pour et contre l’avortement et l’éducation sexuelle, nous parvenons à construire trois catégories qui structurent les narratifs actuellement en conflit : i) l’éducation sexuelle comme un droit ;

ii) comme une alternative ou une limite à l’avortement ou iii) comme une expression de l’« idéologie du genre ».

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