Centre Max Weber - UMR 5283

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Biographie Rommel MENDES-LEITE

Hommage à notre collègue et ami

Équipes concernées :  

Notre collègue et ami, Rommel MENDES-LEITE, est décédé vendredi 22 janvier 2016 à l’issue d’une longue maladie.

Enseignant-chercheur à l’Institut de Psychologie de l’Université Lyon 2, Rommel était aussi membre du Centre Max Weber et de son équipe Dynamiques sociales et politiques de la vie privée. C’était un spécialiste reconnu des questions de santé, genre, sexualités et émotions.

Voici une courte biographie :

Rommel est né le 18 novembre 1958 à Fortaleza au Brésil, où il a grandi parmi les siens. C’est là qu’il a commencé ses études et sa construction intellectuelle. C’est au Brésil également qu’il a commencé à prendre cause pour des combats politiques contre la dictature militaire de cette époque, des combats militants pour la reconnaissance de l’homosexualité et bien d’autres causes.

En septembre 1986, il débarque à la Sorbonne pour une année d’études qui complétera son Mestrado de sociologie obtenu au Brésil. L’effervescence intellectuelle et culturelle qu’il a trouvée ici l’a séduit au point de ne plus repartir au Brésil. Son doctorat brésilien n’étant pas reconnu en France, il s’installe à Paris et repart sur un DEA en anthropologie sociale et sociologie comparée à la Sorbonne à Paris 5. C’est à cette époque qu’il rencontre des penseurs qui le marqueront par la suite, comme Edgar Morin, Robert Castel et d’autres.

Son DEA en poche, il entreprend un doctorat d’anthropologie sociale avec Marie-Élisabeth Handmann au Laboratoire d’Anthropologie Sociale, fondé par Lévi-Strauss, au Collège de France. Dans ce cadre, il crée le GREH (Groupe de Recherches et d’Etudes sur l’Homosexualité) avec Brigitte Lhomond. Comme le rappelle l’un des participants réguliers de ce groupe : le GREH organisait alors les premiers séminaires sur l’homosexualité en France, à l’amphi Durkheim, séminaires très courus, bondés par tous les temps. Le GREH organisait également un séminaire plus fermé et réservé aux chercheurs à l’hôpital Necker, où Rommel invitait les uns et les autres à s’exprimer et où, avant tout le monde, Rommel a eu l’intelligence d’inviter John Gagnon, Ken Plummer et bien d’autres.

Rommel soutient sa thèse en 1997, à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, avec les félicitations unanimes du jury présidé par Françoise Héritier.

Pour suivre son futur mari à Lyon en 2001, Rommel renonce à un début de carrière prometteur à Paris. A Lyon, il retrouve Brigitte Lhomond qui le présente à Annick Houël et Patricia Mercader, avec lesquelles il commence une collaboration qui le conduira à obtenir un poste d’enseignant-chercheur à l’Institut de psychologie de Lyon 2. Il y rejoint deux départements : celui de Psychologie Sociale et celui de la Formation en Situation Professionnelle. Ses collègues et étudiants apprécient immédiatement sa personnalité atypique. Comme le dit l’un de ses collègues : Brésilien parmi les français, anthropologue parmi les psychologues, intégré sur le tard à l’université, Rommel nous offrait à travers son regard décalé, des perspectives qui faisaient bouger nos crispations disciplinaires. Son accent ouvrait son propos à d’autres horizons, son sourire en facilitait la transmission, sa disponibilité invitait à l’échange.

C’est à l’université qu’il nouait des liens d’amitié et de collaboration avec ses collègues. Il appréciait la reconnaissance de ses pairs, et plus encore celle de ses étudiants, dont certains n’hésitent pas aujourd’hui à le considérer comme un père spirituel, un mentor. Il aimait passionnément ce métier, mais détestait les guerres de pouvoir et de clan, qui l’ont profondément meurtri et blessé jusqu’à lui faire perdre une amitié qu’il croyait sincère.

Durant sa carrière, il a contribué à de nombreux ouvrages tel que « Le sens de l’altérité » aux éditions GKC, « Bisexualité le dernier Tabou » écrit avec Bruno PROTH et Catherine DESCHAMPS chez Calmann Lévy, « Vivre avec le VIH » écrit avec Maks BANENS également chez Calmann Lévy et bien d’autres ouvrages. Il a publié de nombreux textes seul ou en collaboration dans des revues scientifiques reconnues.

Il avait récemment intégré le Centre Max Weber. Avec Rommel, les membres du laboratoire ont perdu un collègue d’une grande générosité humaine et intellectuelle. Une générosité doublée d’une force de travail peu commune comme en témoigne la liste impressionnante de ses travaux scientifiques. Pionnier des études en sciences sociales des sexualités, reconnu comme tel dans plusieurs pays, Rommel était un esprit profondément original, inclassable, sans doute trop à l’étroit dans le monde académique. Etait-il anthropologue, psychologue, sociologue ? Tout cela à la fois et avec talent. Comme il était aussi polyglotte, féru d’histoire, ouvert à la collaboration avec les démographes, sa présence parmi nous dans l’équipe « Dynamiques sociales et politique de la vie privée » était précieuse. Il nous aidait à dégager de nouveaux horizons et de nouveaux chantiers, car Rommel était aussi un entrepreneur ou plutôt un explorateur qui ne se contentait pas d’avoir des idées et des projets, mais qui se donnait les moyens de les concrétiser.

Sa dernière fierté : la création et direction de la collection « Sexualités » aux Presses Universitaire de Lyon. C’est là qu’il a fait publier pour la première fois en Français l’auteur britannique Jeffrey Weeks, pour qui il avait une admiration sans borne et un immense respect.

Son énergie et son enthousiasme vont nous manquer c’est certain. Ses idées et ses écrits restent une invitation à poursuivre le beau travail qu’il a engagé depuis toutes ces années.

Pour terminer, nous pourrions reprendre un des concepts qu’il a créés :

Rommel aujourd’hui s’est éteint, mais il nous éclairera toujours de sa lumière. Là où il est, il nous protège tous, même si ce n’est qu’une protection imaginaire…

Publié le 4 février 2016

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