Résumé :
L’objectif de cet article est de cerner quelques enjeux de réflexivité sur le travail scientifique en Turquie contemporaine, dans un contexte autoritaire traversé par des épisodes de violence politique. Il s’agit d’interroger la manière dont ces conditions politiques et sociales façonnent les pratiques de recherche. Le silence, entendu ici comme à la fois contrainte, stratégie et effet de socialisation, se manifeste à plusieurs échelles et à travers plusieurs registres. Il prend d’abord la forme d’une occultation des faits sociohistoriques dans le roman national, où la mise en récit du passé vise à produire une mémoire collective unifiée, au prix d’effacements et de non-dits. Il se rejoue ensuite dans l’espace scolaire, à travers le traitement différencié ou l’évitement de certains sujets jugés politiquement sensibles, qui façonnent les cadres de ce qu’il est légitime de dire et de penser. Ce silence institutionnel se prolonge dans les interactions de terrain, notamment dans les réticences, les hésitations ou les détours discursifs des élèves interrogés. Enfin, il traverse également la position de l’enquêtrice elle-même, sous la forme d’une autocensure consciente ou inconsciente, révélant la tension entre exigence scientifique et nécessité de protection dans un environnement de recherche contraint.
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