Chercheur.e.s, enseignant.e.s-chercheur.e.s
Docteure
Équipe Dynamiques sociales et politiques de la vie privée
Thèse sous la direction d’Emmanuelle SANTELLI soutenue le 19/12/2025 :
" Aux marges de l’intimité : violences, espaces et relations affectives dans les parcours de femmes sans abri en migration"
Résumé de la thèse
Les femmes sans-abris en migration sont prises dans un paradoxe. D’un côté, pour accéder à un hébergement institutionnel – mais potentiellement aussi à un droit de séjour, ou encore à une aide alimentaire – elles doivent publiciser leur vie personnelle, qui devient ainsi objet d’évaluation publique. De l’autre, des représentations stigmatisantes les accusent d’instrumentaliser cette même vie personnelle pour accéder à ces droits, cette suspicion allant jusqu’à se traduire législativement avec la création du « délit de paternité de complaisance ».
L’intimité se constituant là où l’exposition aux autres prend fin, comment les femmes concernées parviennent-elles à trouver des formes d’intimité malgré cette tension entre exposer constamment leur vie personnelle et suspicions de l’instrumentaliser ? En quoi cette exposition contrainte et les (re)configurations intimes diffèrent-elles selon les statuts administratifs de séjour, les situations conjugales et la présence ou non d’enfants ? Ce travail de thèse interroge ainsi les manières par lesquelles la migration précaire agit sur les intimités et réciproquement.
Pour répondre à ces questions, cette recherche s’est appuyée sur une analyse des parcours de 39 femmes sans-abris en migration, temporairement accueillies en hébergement hivernal. L’intimité est mobilisée comme catégorie d’analyse selon trois dimensions – biographique, spatiale et relationnelle – pour saisir comment ces femmes tracent et (re)configurent des frontières et articulations entre leur vie privée et sphère publique.
La dimension biographique analyse les contraintes d’exposition dans le système d’hébergement institutionnel. Ces femmes sont exposées de deux manières : elles doivent publiciser leur vie personnelle pour accéder à un hébergement, tandis que le manque de place les amène à se trouver sans abri dans l’espace public, exposées à la vue de toustes, ou dans des logements privés, exposées aux personnes qui les hébergent.
La dimension spatiale met par ailleurs en exergue un continuum de violences de genre qui traverse tous les espaces géographiques de l’itinéraire migratoire, et qui brouille les frontières entre espaces privés et publics. En constituant une intrusion permanente d’autrui, ce continuum entrave l’intimité. Face à ces violences, s’abriter nécessite de pouvoir circuler entre un espace privé et l’espace public, afin d’échapper aux violences de l’un ou l’autre de ces espaces lorsqu’elles se manifestent.
La dimension relationnelle appréhende, quant à elle, comment, au sein des couples, l’expérience partagée ou non de la migration précaire transforme l’intimité. Quand elle est partagée, la précarité commune peut devenir le socle d’une proximité renforcée ; quand elle ne l’est pas, cette différence amène à des relations sans cohabitation. Si cette absence de cohabitation est au cœur des suspicions d’instrumentalisation des grossesses et des relations affectives, elle constitue pourtant la configuration par laquelle ces femmes tentent de se protéger des violences générées par les asymétries de genre et raciales au sein de leurs relations.
A travers ces trois dimensions d’analyse, cette recherche met ainsi en exergue comment les violences empêchent l’intimité et les aménagements que mettent en œuvre les femmes en migration précaire pour en (re)constituer certaines formes.
Mots clés : intimité – migration – genre – sans-abrisme – violences de genre – intersectionnalité – conjugalités transnationales – parcours.
Composition du jury :
Stefan Lecourant, Chargé de recherche, CNRS, CEMS
Marie Loison, Maîtresse de conférence HDR, Université Sorbonne Paris Nord, Laboratoire Printemps
Hélène Neveu Kringelbach, Associate professor, University College London, rapportrice
Pascale Pichon, Professeure émérite, Université Jean Monnet Saint-Etienne, CMW
Andrea Rea, Prefesseur, Université Libre de Bruxelles, GERME
Emmanuelle Santelli, Directrice de recherche, CNRS, CMW, directrice
Camille Schmoll, Directrice d’études, EHESS, Géographie-cités, rapportrice
Actuellement assistante ingénieure de recherche, CNRS, rattachée au Centre Max Weber, ANR FamEnv coordonnée par Emmanuelle Santelli.
Depuis plusieurs décennies, les scientifiques alertent sur les nombreux risques environnementaux et l’intensification des tensions qui ne manqueront pas de survenir en l’absence de politiques volontaristes pour changer un mode de production fondé sur la croissance et qui engendre des crises de plus en plus systémiques. L’ambition du projet FamEnv est tout d’abord de comprendre ce qui peut inciter, ou non, les familles à adopter des pratiques dans l’optique de s’adapter aux enjeux environnementaux. Elle conduit à distinguer ce à quoi les familles ont déjà renoncé pour préserver l’environnement ; ce qu’elles pourraient envisager de faire à échéance plus ou moins proche ; ce qu’elles font par habitude sans nécessairement se soucier des enjeux environnementaux ; ce qu’elles ne peuvent faire par manque de moyens financiers ou de temps ; voire ce qu’elles refusent de faire par manque d’envie ou de conviction.
Cinq domaines distincts sont abordés : l’alimentation, les mobilités quotidiennes, les déplacements touristiques, le logement et les équipements domestiques électroniques. Le projet analyse les pratiques familiales et va ensuite examiner ce que produit la mise en œuvre de ces pratiques sur la vie familiale. En d’autres termes, il s’agit d’analyser à la fois la manière dont les pratiques se construisent « en famille » et les effets que l’adoption, ou le refus, engendrent sur les rapports familiaux, l’ensemble en prenant en compte comment les éventuelles transformations des pratiques ordinaires sont liées aux rapports de genre, de classe et d’âge au sein de l’espace domestique.
Mots clés : Inégalités sociales ; dynamiques familiales ; pratiques environnementales ; modes de consommation ; adaptation aux changements