Chercheur.e.s, enseignant.e.s-chercheur.e.s - Université Lyon 2
Professeur Emérite
Équipe Travail, Institutions, Professions et Organisations
Repères Biographique
Titres et diplômes :
Titres
– Directeur de la Chaire "Egalité, Inégalités et Discriminations" (2009-2018)
– Directeur de la Mention de Master "Inégalité et discrimination, manager les enjeux contemporains de l’égalité" et du DU, IETL (2011-2018)
– Directeur de collections aux Editions Syllepse : Le présent Avenir (depuis 1995) et Sens Dessus-Dessous (depuis 2009)
– Directeur de l’Institut d’Etudes du Travail de Lyon (IETL) (2008-2013)
– Chargé de mission Egalité-Lyon 2 (2010)
Diplômes
°1994 : Habilitation à diriger des recherches en Sociologie. “Travail, acteurs et Société : éléments pour une sociologie de la confrontation sociale”, 167 pages.
Membres du jury : Pierre Tripier (Université de ST Quentin), Pierre Dubois (Paris X), Matéo
Alaluf (Université Libre de Bruxelles), Michel Freyssenet (CSU-CNRS), Jean-Pierre Durand (Université d’Evry).
• 1980 : Doctorat en Sciences des Organisations de l’Université de Paris IX Dauphine. "L’analyse du conflit Lip et ses répercussions sur les pratiques ouvrières et les stratégies syndicales", avec Francine Tabaton et Michèle Tallard, 460 pages.
Directeur de thèse : Jacques Delors, Rapporteur : Pierre Rosanvallon, Président du jury : Yves Delamotte.
• 1974 : 3ème cycle Sciences des Organisations de l’Université de Paris IX Dauphine.
Expérience professionnelle :
– Depuis 2001 : Université de Lyon 2
Depuis :
– 2018 : Professeur Emérite
– 2011 : Directeur de la Mention de Master "Inégalité et discrimination, manager les enjeux contemporains de l’égalité" et du DU, IETL
– 2009 : Directeur de la Chaire "Egalité, Inégalités et Discriminations"(IETL/Lyon2)
– 2001 : Professeur des Universités, Institut d’Etudes du Travail de Lyon (IETL), Université Lumière Lyon 2. Membre du GLYSY/SAFA, UMR CNRS, ISH-Lyon 2, puis du Modys et enfin du Centre Max Weber.
– 2004 : Membre associé du Centre de Recherche en Droit Social (CRDS), IETL, Université Lumière Lyon 2
– 2008-2013 : Directeur de l’Institut d’Etudes du Travail de Lyon (IETL).
– 2005-2007 : Participation à la création du MODYS, UMR CNRS liée à l’ISH de Lyon et aux Universités Lumière Lyon 2 et Saint-Etienne.
– De 1980 à 2001 : Chargé de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) : Sociologie du travail et des organisations
– 1992-2001 : Chargé de recherche à Travail et Mobilités, UPRESA CNRS, Université Paris X-Nanterre.
– 1989-1991 : Chargé de recherche au Groupement d’Intérêt Public (GIP) sur les "Mutations Industrielles" (CNRS).
– 1985-1988 : Chargé de recherche au Centre d’Etudes de l’Emploi (Etablissement Public sous la tutelle des Ministères du Travail et de la Recherche).
– 1980-1984 : Chargé de recherche au Centre d’Etudes sur les Conditions de Vie des Ménages (CREDOC, Organisme sous la tutelle du Commissariat Général du Plan)
– De 1974 à 1979 : Chargé de recherche au Centre d’Etudes sur les Conditions de Vie des Ménages (CREDOC, Organisme sous la tutelle du Commissariat Général du Plan) : Sociologie du conflit, de la justice, de la ville et des modes de vie.
Problématique de recherche
La compréhension des formes sociologiques étudiées, telles les hiérarchies professionnelles et salariales, les mouvements sociaux coordonnés ou les formes de la temporalité, vise à produire une connaissance qui s’attache à mieux comprendre ce qui se joue autour des rapports de travail, mais concerne plus généralement la confrontation engagée en société autour de plusieurs “mondes possibles”. Travaillant les rapports existant entre État, travail et société, mes travaux constituent en ce sens des apports à une sociologie de la confrontation sociale
Pourquoi travailler à une sociologie ainsi caractérisée ? Parce qu’il m’apparaît crucial de combattre en sociologie une posture théorique, où les codifications qui cherchent à rendre compte des régularités servent aussi à produire de la régulation. Sur ce point, il convient de toujours garder en mémoire que la société est traversée de tensions et de conflits, dont ceux qui ont pour enjeu essentiel l’imposition par les formes d’État d’une définition légitime de cette réalité même. Ainsi, l’objet d’une sociologie de la confrontation me paraît devoir contribuer à rendre compte des processus à l’oeuvre dans toute configuration sociale en travaillant sur le sens de ses formes et sur les subjectivités qui s’y construisent. L’individu, saisi au sein d’une hiérarchie, ne prend pleinement sens que si on le considère comme l’expression d’une subjectivité travaillée et modelée en permanence à travers la triade articulant coopération/tension/conflit qui doit être appréciée, comme nous y invite Pierre Naville, dans l’articulation des rapports liant travail et non travail.
Notre hypothèse est que la compréhension de cette configuration complexe passe par l’observation de l’enjeu central que fonde le conflit permanent entre rapports autonomes et hétéronomes dans les formes pratiques de la division sociale du travail. Il trouve sens dans la lecture de l’unité sociologique des tensions et contradictions qui nourrissent, en l’enrichissant, ce processus, particulièrement exacerbé par les représentations générales de la liberté et de la dépendance dans les sociétés occidentales. Notre ambition est in fine d’essayer de lire dans ce conflit les multiples inventions produites dans le travail contribuant à la métamorphose de ces sociétés. L’ensemble des rapports étudiés à travers ce prisme permet de réfléchir les déplacements de sens qui bousculent, dans un mouvement continu, la stabilité de l’espace social hiérarchisé. Dans une telle perspective, il convient également de déconstruire les concepts de coopération ou de conflit tant ils sont en permanence objets d’enjeux de sens.
Pourquoi travailller le sens de cette triade ? Parce que dans la configuration française des rapports sociaux, l’État joue, probablement plus qu’ailleurs, un rôle légitimant dans la construction des catégories sociales autour desquelles les protagonistes du travail salarié se confrontent. Cette hypothèse découle d’une certaine représentation de l’Etat dans la société. Sans y être forcément l’instigateur des inflexions ou des inventions de sens, il est, au-delà de l’aspect directement politique et du contrôle juridico-administratif qui l’accompagne (législation et mise en oeuvre des politiques publiques), co-producteur des représentations dominantes. Il l’est à travers le travail des experts qu’il labélise et mobilise, et aussi à travers l’action qu’il engage dans l’ensemble des espaces économiques où il déploie sa puissance de manager, afin de promouvoir leur validation et leur légitimation.
Le social se trouve alors logiquement défini dans les nomenclatures délimitant le droit du même nom où s’inscrivent les enjeux ancestraux et modernes au travers lesquels « la sociale », en retour, met à l’épreuve l’Etat. Cette problématique opère à l’aune d’une recherche de compréhension du processus de changement paradigmatique qui, au sein de cette triade, progresse de la valorisation par la qualification à la valorisation par la compétence. On a pu ainsi approcher comment le paradigme de la qualification avait été très largement associé aux croyances liées à l’idéal républicain de l’égalité des chances, dans un monde où la maîtrise du savoir technique et de la technicité imposait sa légitimité pour faire valoir l’intérêt général. Puis, comment, suite à moult engagements d’acteurs institutionnels aussi divers que chercheurs, fonctionnaires, syndicalistes, experts en management et managers eux-mêmes, la mesure par la compétence, conçue comme une mise en conformité permanente aux besoins productifs flexibles, s’était imposée telle une croyance absolue. Loin d’une conception de l’égalité inscrite dans des normes opposables, telles le temps de travail, l’ancienneté voire le diplôme, s’affirme un registre de l’évaluation modulable, au gré des logiques de marchés, ce qu’à très intelligemment mobilisé le Medef dans sa rhétorique entrepreneuriale de la refondation sociale. Ce processus ouvre sur une forme moderne d’astreinte des salariés conduits à mobiliser un maximum de leur temps de vie à des fins productives, forme qui participe largement au processus d’amplification des inégalités et des discriminations.
En ce sens, ma problématique questionne particulièrement l’amplitude de l’emprise du travail capitalistique sur l’agencement général des formes de la division sociale et sexuée du travail et les conflits de temporalités qui lui sont liés. Elle analyse ses conséquences sur le rapport des individus au bien-être et aux formes d’intégration sociale. Elle travaille en particulier la maîtrise du temps enjeu essentiel pour celui qui ne vit pas du capital : être humain à part entière ou être chose manipulable selon les besoins, c’est-à-dire être un esclave moderne. Cette orientation prolonge la réflexion théorique initiée de longue date sur les logiques du pouvoir hiérarchique (Les hiérarchies professionnelles et salariales dans neufs pays industrialisés, La Documentation Française, 1994 et Le Mirage de la Compétence, Syllepse, 2000).
Ce programme s’est réalisé à travers la production d’enquêtes, de type longitudinal, croisant l’étude des rapports de travail et l’analyse des trajectoires professionnelles et personnelles des individus. Elles m’ont conduit à compléter et à enrichir un cadre théorique d’analyse du rapport au travail et au non travail. L’enjeu initial est de configurer et de qualifier l’espace social dans lequel les individus sont engagés et s’engagent à produire. Deux formes sont d’abord construites et travaillées ; celle de configuration professionnelle et celle de modèle professionnel, avant que de saisir à partir d’une troisième, nommée, comme le propose Simmel, processus de sociation, la lecture des liens qui associent les individus aux deux premières. Il se réalise également autour d’enquêtes plus exploratoires approchant des phénomènes faisant sens dans les mutations des formes d’organisations tels le dopage au travail, la mise au travail de la catégorie consommateur ou encore la prégnance des rapports de travail dans la mutation des formes de temporalité urbaine.
Mes deux derniers ouvrages publiés Razzia sur le travail (Editions Syllepse, 2017) et le Travail Totalitaire (Editions Syllepse 2025) présentent et analysent les éléments essentiels des mutations de la société de travail qui aliènent nos rapports sociaux quotidiens.