Responsables : Soline Blanchard et Marion Maudet, Victor Vey
La question du genre, sous ses différentes entrées, est transversale dans les travaux de nombreuxses chercheures du CMW. Elle est abordée depuis la construction des identités de genre et de la différence des sexes, ou bien au travers de la mise au jour des inégalités femmes-hommes dans les domaines professionnels par exemple, ou encore via l’objectivation des mécanismes de reproduction et d’actualisation des rapports sociaux de sexe articulés à d’autres rapports sociaux dans d’autres domaines de la vie sociale.
Ces approches plurielles posent des questions convergentes en mobilisant des cadres théoriques variés. L’introduction du genre dans l’analyse pose néanmoins des questions méthodologiques et épistémologiques communes à ces différentes études, à la fois pour ce qui est des conditions de la conduite des enquêtes, pour la question de l’articulation empirique du genre aux autres rapports sociaux à l’œuvre, ou encore pour la construction des catégories d’analyse, par exemple.
Ce projet d’axe met au centre de ses préoccupations la possibilité d’offrir un espace collectif d’échange sur ces questions souvent passées sous silence lors de la restitution des résultats scientifiques de travaux de sociologie (du genre, comme d’autres). Au-delà de ces échanges méthodologiques, les activités de cet axe permettront une meilleure connaissance mutuelle des travaux des différentes chercheurses du CMW dont les questionnements sur le genre structurent les réflexions. Par ailleurs, cet axe pourra s’articuler avec l’axe transversal de la MSH, rassemblant les chercheures des divers laboratoires composant la MSH intéressé.es par cette problématique.
Pour la période 2026-2027, l’axe Genre consacrera son séminaire à la question des sexualités au travail comme espace central où se jouent, se reproduisent et se contestent les rapports de pouvoir genrés. Loin de considérer la sexualité comme un ajout périphérique au monde professionnel, il interroge la manière dont elle structure en profondeur les
organisations, les interactions quotidiennes, les hiérarchies et les subjectivités des travailleurses.
Loin d’être un espace « neutre », le travail est structuré par les rapports de sexualité. Il impose le plus souvent une norme hétérosexuelle implicite ou explicite, sexualise certains corps (particulièrement féminins et minoritaires de genre), régule les expressions du désir et stigmatise ou invisibilise d’autres formes de sexualité.
Ces mécanismes génèrent des inégalités durables, des violences spécifiques, mais ils ouvrent également des marges pour la résistance et la réappropriation. Le séminaire explore ainsi comment les organisations professionnelles produisent et maintiennent l’hétéronormativité, comment elles valorisent ou disqualifient certains corps, apparences et comportements, et comment la sexualité masculine hégémonique s’entrelace souvent avec la féminisation sexualisée de nombreux métiers.
Il s’intéresse également à la circulation du désir et des affects sexuels dans les relations de travail, à la place du corps (vêtements, gestuelle, présentation de soi), au travail émotionnel et affectif comme forme de labeur genré et sexualisé, ainsi qu’aux porosités entre sphère intime et sphère productive. Une attention particulière est portée aux travaux invisibilisés et fortement sexualisés – travail de care, travail émotionnel, travail sexuel, travail domestique gratuit – et à la manière dont ils prolongent ou accentuent les logiques d’exploitation genrée.
Le séminaire interroge enfin les violences qui traversent les espaces professionnels – harcèlement sexuel, agressions sexistes et sexuelles – ainsi que les stratégies de survie, de contournement et de subversion mises en œuvre par les femmes, les personnes queer, trans, intersexes et non-binaires. Il met en lumière les résistances individuelles et collectives, les créations d’espaces alternatifs et les tentatives de réinventer le rapport entre travail, désir et intimité hors des injonctions normatives dominantes.
Il vise à fixer les premières étapes de la constitution d’un groupe de travail plus formel autour de ces thématiques.
Comité d’organisation
Soline Blanchard, Université Lyon 2, Centre Max Weber
Marion Maudet, Université Lyon 2, Centre Max Weber
Victor Vey, Université Paris 8, ENS Lyon, Sophiapol, Centre Max Weber
Pierre Brasseur, Université libre de Bruxelles, METICES, STRIGES, TRANSFO



